Conférence: Les Logiciels Libres dans l'éducation et le monde de l'entreprise
Par Bounga le mardi, 25 janvier 2005, 23:26 - Philosophie du logiciel libre - Lien permanent
Aujourd'hui je suis allé à l'université de Valenciennes qui pour fêter son 40ème anniversaire organisait une conférence sur le logiciel libre. Cette conférence devait en particulier mettre à l'honneur Richard Stallman par le biais d'une visioconférence. Malheureusement cette visioconférence n'a pas pu avoir lieu.
L'explication
En effet, suite à un problème technique, Richard Stallman [1] actuellement en Bolivie ne pouvait pas assurer de conférence avant 23H, heure française. Un peu tard pour les organisateurs qui avaient prévus la fin de la conférence pour 19H, et le cocktail jusqu'à 20H
.
Changement de programme
Bref le planning a été un peu bousculé et c'est donc M. Bernard Lang, directeur de recherches à l'INRIA, qui a prit la parole pendant le temps qui était réservé à Richard Stallman. Je dois avouer que lorque j'ai apprit la nouvelle pour Stallman, j'étais vraiment déçu. Je m'étais, au départ, déplacé principalement pour lui. J'ai tout de même décidé de rester pour écouter ce qu'avait à dire M. Lang et je ne le regrette pas.
Les premières minutes
Je ne connaissais pas du tout ce monsieur et tout ce que je voyais c'est un homme assez agé avec un ordinateur portable qui doit dater de sa sortie de Fac
. Une fois le portable branché sur le rétro-projecteur apparaît un FVWM-95 puis un Netscape ! Je me dis Whoua ! La machine va bien avec le conférencier
. L'homme commence à s'adresser à son audience et on ressent tout de suite qu'il a beaucoup d'humour.
Le vif du sujet
M. Lang en vient donc à nous expliquer qu'il va devoir improviser mais que par chance il a de nombreux calques prêts dans son ordinateur et que de toute façon il organise rarement ses conférences donc c'est toujours un peu de l'improvisation. Il lance ensuite le sujet : Une introduction rapide à la notion de liberté et de propriété.
Tout de suite il nous explique qu'il faut bien faire la distinction entre deux choses, le monde matériel et le monde immatériel. Pour nous expliquer cela, il prend un exemple simple, celui du sabotier et du programmeur. On considérera que tous deux ont inventés quelque chose de révolutionnaire dans leur domaine :
- pour le sabotier des chaussures très confortables, peu chères, faciles à fabriquer, etc
- pour le programmeur un logiciel capable de remplir toutes les tâches que vous voulez sans jamais planter
Une différence oppose ces deux personnes :
- le sabotier travaille avec du concret, du matériel
- le programmeur lui travail avec de l'immatériel
Au niveau économique cela fait une grande différence puisque si le sabotier veut distribuer son produit, gratuitement, pour combler tout le monde, il le peut mais à ses dépends. En effet, il aura beaucoup de difficultés à distribuer son produit, il devra trouver de la matière première, des locaux, des machines, de la main d'oeuvre, des moyens de distributions. Tout cela lui coûtera de l'argent alors qu'il ne souhaite pas commercialiser son produit, il veut juste en faire cadeau. Pour le programmeur c'est différent, il devra lui écrire le code source de son logiciel et une fois celui-ci prêt il lui suffira de le rendre disponible sur Internet. Tout au plus ça lui coûtera un peu de bande passante et d'électricité. Il est facile pour lui de faire profiter tout le monde de sa découverte.
Les logiciels sont des biens immatériels et font donc partie de l'économie immatérielle. En économie, il est reconnu que le but à atteindre pour un produit est de pouvoir approcher le plus possible son prix de vente de son coût marginal pour faire face à la concurrence. Le coût marginal étant le prix qu'il coûterait à la personne pour produire un exemplaire de plus de son produit. Avec les biens immatériels ce prix tend vers 0. L'évolution économique naturelle du marché du logiciel informatique serait donc de baisser le plus possible les prix de vente des logiciels. Mais en réalité on voit que cela n'est pas du tout le cas. Cela est dû au fait que la marché du logiciel est un marché quasi monopolistique. Du fait du monopole établi [2], les prix sont élevés puisque aucune concurrence n'est à craindre.
Le conférencier a tout de même voulu souligner que la logique économique, en fait, est respectée. En effet, un secteur proche du coût marginal existe. Ce secteur s'appelle le piratage. Pour qu'un produit fonctionne, il faut que ce produit soit accessible à tous. On fera donc payer le prix fort à ceux qui le peuvent et on fera payer le prix que peuvent payer aux autres. La stratégie commerciale sera de faire croire à ceux qui payent le prix fort qu'ils possèdent un produit d'une meilleure qualité. M. Lang nous a rappellé pour mémoire que M. Bill Gates, [3] suite à une question d'un journaliste sur le piratage massif des logiciels Microsoft en Chine, avait clairement répondu qu'il préfère qu'on pirate et installe ses logiciels plutôt que de voir d'autres logiciels piratés (ou des logiciels légaux autres que les siens) être installés sur un ordinateur. Il tient donc à garder sa place monopolistique sur le marché pour pouvoir continuer a imposer ses prix. Il tolère un segment à coût nul, ce segment jouant un rôle important pour l'entreprise.
M. Lang est ensuite passé au développement libre. Il a simplement commencé par l'éthymologie du mot libre puis nous a expliqué ce qu'est selon lui le dévelopemment libre. C'est pour lui une recherche scientifique basée sur l'esprit coopératif mais aussi compétitif. Il entend par là que tout le monde peut se joindre au développement mais qu'également tout le monde peut apporter sa critique, ses modifications ou autre à un projet libre. C'est un développement contrôlé par ses pairs et les personnes n'apportant que des choses négatives (bugs, critiques non-fondées, etc) deviendront moins crédibles et seront automatiquement écartées du projet.
Le logiciel est une création de l'esprit et de ce fait (c'est la loi) son auteur a automatiquement des droits sur ce qui sort de son esprit. Ce sont les droits d'auteur et ils s'appliquent à toutes les créations immatérielles (roman, musique, code, ...). Ces créations ne peuvent donc pas être utilisées n'importe comment par un tiers sans que celui-ci ait eu l'autorisation expresse de l'auteur. Pour pouvoir échanger ce savoir, cette matière grise, il faut donc placer ces créations sous une licence adéquate qui protège l'auteur original mais qui lui permette tout de même de partager son savoir. Une licence pour être considérée comme libre doit respecter quatre lois :
- La liberté d'utilisation
- La liberté d'étude
- La liberté d'amélioration
- La liberté de copie et de distribution
Conclusion
Pour M. Lang le brevet logiciel est une mauvaise chose, il représente un danger puisqu'avec la multiplication des brevets, un développeur n'est plus en mesure de savoir si telle ou telle chose a déjà était faite et si elle tombe sous le coup d'un brevet. L'innovation doit pouvoir resservir ou sinon elle est inutile. La seule utilité des brevets logiciel est de faire de l'argent en brevetant tout et n'importe quoi et en attendant que quelqu'un finisse par s'en servir et doivent payer. Dans les logiciels modernes les interactions sont trop nombreuses pour être évitées, le brevet logiciel est donc anti-productif et est un frein à l'innovation.
Mes impressions
J'ai été très agréablement surpris par ce monsieur, sa façon de penser et de l'exposer. Pour la petite histoire, Bernard Lang a étudié un an aux États-Unis dans la même facultée que Richard Stallman. Apparemment Stallman impressionnait déjà par ses talents de programmeur, son caractère bien forgé et ses idées sur le partage. En effet, Stallman disait déjà que selon lui tout ce qui peut être partagé devrait l'être. Cette conférence m'a vraiment plu bien qu'assez axée sur l'aspect économique et je suivrai volontier une autre conférence de ce monsieur.
Après cette conférence des packs Mandrakelinux Discovery 10.0 ont été distribués gracieusement à chaque participant, une initiative que j'ai trouvé bien venue puisque le publique visé par ces conférences n'était pas forcément les utilisateurs de logiciels libres mais plutôt ceux qui désiraient en connaître plus sur leur impact économique dans l'éducation et le monde de l'entreprise. Cette initiative leur permet donc de pouvoir tester facilement ce dont les conférences leurs parlaient.
Le conférencier suivant était Michel Lara, employé de chez IBM, soi-disant défenseur du pingouin mais qui bizarrement s'est emballé quand Bernard Lang a exposé sa position sur le brevet logiciel. M. Lara a insisté sur le fait qu'IBM avait purement et simplement abandonné ses droits d'auteurs sur certains brevets mais n'étant pas dupe, M. Lang a rappellé que permettre à des projets libres d'utiliser un brevet n'est pas du tout la même chose qu'abandonner ce brevet. Cette petite écartade m'a donnée envie de prendre la porte et de repartir. Richard Stallman n'était pas là, les autres conférences ne m'intéressaient pas spécialement.
Voilà donc pour le résumé de mon après-midi qui fût fort intéressante.